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CHAPITRE VIII.
COMPAGNONS DE ROUTE.


Cependant Geignolet se coulait dans la foule et Jean, son frère, arrivait au lieu du rendez-vous assigné par le cabaretier Johann.

C’était sous le péristyle de la Rotonde, du même côté que l’échoppe du bonhomme Araby.

La porte de l’usurier était ouverte, et il attendait maintenant la pratique, comme à l’ordinaire, derrière le trou en demi-lune de son bureau privé ; mais le marché arrivait à sa fin, et les emprunteurs, rebutés, qui avaient trouvé porte close dans la matinée, s’étaient pourvus ailleurs.

Le bonhomme avait ce matin du malheur ; il avait beau guetter, nulle proie ne venait le consoler de la brèche terrible faite à sa caisse secrète.

Il était plié en deux dans son vieux fauteuil, et il supputait dolemment ce qu’il faudrait de gros sous, arrachés à l’indigence, pour refaire cent trente mille francs.

Cent trente mille francs !…

Dans un coin, Nono, la petite Galifarde, portant sur le visage et sur le cou les traces de la démence brutale de son maître, se tapissait, transie de froid ; ses yeux étaient fixés sur le bonhomme avec épouvante ; elle n’osait pas se plaindre ; à peine osait-elle respirer.

Johann et Jean se rencontrèrent devant la porte extérieure de la bouti-