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CHAPITRE V
LA DANSEUSE.


Goetz se tut. On n’avait pas besoin de voir sa physionomie, et le son de sa voix disait assez l’orgueil de sa victoire.

— À vous, Albert, reprit-il, en se servant à tâtons une nouvelle tranche de pâté ; voyons si vous avez fait mieux !

— Ma foi, répondit Albert, avec une feinte modestie, j’ai fait ce que j’ai pu, mon brave Goëtz… mais il faut convenir que le Madgyar Yanos n’est pas d’aussi facile composition que votre bonhomme de Van-Praët… En somme, j’ai atteint à peu près le même résultat que vous… mais il y a eu du hasard dans mon fait… et si je n’avais pas rencontré sur mon chemin une ravissante femme…

— Ah ! ah ! interrompit Goëtz, cela ne pouvait pas manquer !…

— Pas plus que le vin et les cartes dans votre histoire, mon frère Goëtz, dit Otto.

— Ne raillez pas, reprit Albert ; les femmes ont toujours été ma providence !… et souvenez-vous combien de jolies mains ont aidé, grâce à moi, nos évasions des cachots d’Allemagne !… ne serions-nous pas encore dans la prison de Francfort, si la fille du guichetier ?…

— Bah ! fit Goëtz, une malheureuse lime qu’elle nous donna ! tandis