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L’esprit de la bande était en général tout pacifique, et l’annonce d’un combat possible ne réjouissait personne.

— Que parlez-vous d’épée ? dit le Madgyar.

— Le comte Ulrich a laissé des amis, répliqua le Hollandais.

— N’est-ce que cela ? s’écria l’intendant Zachœus ; — il y a loin d’ici jusqu’à Heidelberg.

Regnault lui fit un signe de se taire, croyant toujours que Van-Praët jouait une comédie.

— Il y a loin d’ici jusqu’à Heidelberg, répéta celui-ci en secouant sa grosse tête ; mais il y a longtemps aussi que Klaus, le courrier, est monté à cheval…

Une expression d’inquiétude se répandit sur le visage de l’intendant.

— Je n’ai pas eu connaissance de cela, murmura-t-il avec embarras.

Regnault lui pinça le bras en étouffant un éclat de rire.

— Laissez donc ! lui dit-il à l’oreille ; — ne voyez-vous pas que tout cela est pour le Hongrois ?…

Le regard de ce dernier, voilé déjà par l’ivresse victorieuse, se fixait lourdement sur Van-Praët. — Et il ne cessait pas de boire.

— Ce Klaus, demanda-t-il d’une voix qui balbutiait déjà, — est allé quérir des hommes pour se battre contre moi ?

— Oui, répondit Regnault.

Yanos fit un geste de chercher à son côté son sabre absent.

Il eut un rire épuisant et long.

— Ah ! ah ! ah ! fit-il, — s’il y a des hommes et des épées autour du lit de la femme et autour du berceau de l’enfant… La femme est bien belle !… Mais les épées… Ah ! ah !… il faudra tuer !…

Il se renversa sur le dos de son fauteuil et baissa son regard appesanti.

— J’avais oublié de vous raconter cela, maître Zachœus, poursuivit Van-Praët ; — ce matin, pendant votre absence, la petite Gertraud s’est approchée du lit de la comtesse, qui lui a remis en cachette une lettre avec une clef.

— Ce gros Van-Praët eût fait un acteur délicieux ! dit Regnault ; — mais la feinte devient superflue… Voilà le sauvage qui s’est endormi.

— Pas encore, pas encore ! murmura Mosès Geld, qui le lorgnait tou-