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CHAPITRE XV.
L’INCONNUE.


Le mot princesse prononcé par M. le comte de Mirelune, au moment où le guichet s’ouvrait, courut tout autour de la table. Chacun leva les yeux, et la loge devint le point de mire de tous les regards.

Ce qui se passait n’était pourtant pas un fait extraordinaire. Presque tous les jours, le même guichet s’ouvrait pour montrer la même main ; mais depuis tant de mois que l’énigme se posait ainsi chaque soir, elle restait toujours insoluble ; et les mystères gagnent de l’importance à vieillir.

Les hypothèses s’amoncellent peu à peu ; on épuise le vraisemblable : les esprits les plus terre-à-terre arrivent au romanesque.

Des centaines de versions couraient sur la joueuse du confessionnal, sur la princesse comme on l’appelait, et son apparition causait toujours une sorte d’émoi dans l’assemblée.

Madame la baronne de Saint-Roch avait fort à faire pour résister aux innombrables attaques dirigées contre sa discrétion. Elle était obsédée, entourée, traquée ; les vieux habitués, passés à l’état d’amis de la maison, la prenaient par les sentiments. Les étrangers empruntaient à leur bourse des arguments plus irrésistibles encore ; mais rien n’y faisait : la fidélité de madame la baronne résistait à tous les assauts, et les curieux en étaient pour leurs peines.