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« Celui-ci quitta enfin la posture où l’avait surpris l’arrivée des Trois Hommes Rouges. Il roula son manteau autour de son bras gauche, et vint, lui aussi, se placer au centre de la salle.

» L’Homme Rouge rejeta en ce moment sa coiffure en arrière.

— Se peut-il que Dieu permette aux démons de prendre les traits des anges ! — C’était un beau jeune homme, au front large et pensif, entouré de cheveux noirs comme l’ébène. Il y avait autour de sa lèvre un amer sourire, et la colère brûlait dans ses yeux.

» Il donna une épée à l’étranger. Les fers, en se choquant, interrompirent seuls le silence, car pas une parole ne fut échangée.

» La comtesse Margarethe dormait toujours.

» Je vis les lames agiles décrire les courbes scintillantes. — J’entendis un cliquetis sec, puis un grincement rapide. — L’étranger tomba à la renverse, en poussant un grand cri.

» La comtesse Margarethe s’éveilla en sursaut. — Moi, je m’évanouis…

— Et vous ne vîtes plus rien ? demanda Hans.

— Je ne saurais dire combien de temps dura mon anéantissement, continua la jeune fille. — Quand je m’éveillai, deux des Hommes Rouges étaient assis auprès du lit de la comtesse, et il me semblait la voir leur sourire.

» Mais tout cela était comme un rêve. Il y avait désormais une sorte de voile au-devant de mes yeux.

» Le troisième Homme Rouge était agenouillé à la place où avait eu lieu le combat. Il frottait le sol avec un lambeau de son vêtement, et je pense qu’il effaçait des traces de sang…

» Entre la comtesse et lui s’étendait la draperie ; elle ne pouvait point voir ce qu’il faisait.

» Le corps de l’étranger avait disparu.

» Quand sa tâche fut achevée, le troisième Homme Rouge vint à son tour au chevet de la comtesse. J’entendais vaguement qu’ils causaient tous les quatre à voix basse, — bien doucement et comme des gens qui s’aiment… »

Hans fit un geste muet en ce moment comme si une pensée soudaine eût éclairé brusquement son esprit.