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Au moment où la jeune fille se relevait en faisant le signe de la croix, on entendit un bruit de pas retentir sur le pavé de la cour.

Ce n’était pas le son lourd des gros souliers du Temple, c’était ce bruit sec et lestement arrêté que produit le talon pointu des bottes fashionables en touchant la pierre.

Hans fit un pas vers la fenêtre ; mais il s’arrêta, l’œil fixe et la bouche béante.

Gertraud elle-même restait, la main appuyée sur le lit, dans la position où le bruit l’avait surprise. Elle ne comprenait pas tout, mais ce qu’elle savait suffisait à son bon cœur pour partager avec énergie les espoirs et les craintes de son père.

Le pas s’assourdit en entrant dans l’allée, puis on l’entendit choquer le bois des marches de l’escalier.

Hans avait la tête penchée en avant et les deux mains sur la poitrine.

— Il vient ici ! murmura-t-il. — Écoutez !… Écoutez !…

On frappa rondement une demi-douzaine de coups à la porte de l’escalier.

Hans Dorn chancela sur ses jambes.

— Il ne frapperait pas ainsi !… pensa-t-il.

Au lieu d’aller ouvrir, il se laissa tomber sur un siège.

Les coups redoublèrent au dehors.

— Faut-il ouvrir, mon père ? demanda Gertraud.

— Fais ce que tu voudras, répondit Hans Dorn dont la tête, alourdie, s’appuya sur sa main.

Gertraud traversa lentement les deux chambres, et tira le loquet.

La porte s’ouvrit aussitôt brusquement, et un baiser retentissant tomba sur la joue de la jeune fille. Elle se recula, éperdue, et ce furent les deux bras de Franz qui l’empèchèrent de tomber à la renverse.

— Mon père ! mon père ! murmura-t-elle ; venez vite ! c’est lui !…

Mais sa voix était bien faible et le marchand d’habits n’entendait pas.

Franz ne savait trop à quoi attribuer toute cette émotion ; mais il n’était pas homme à se creuser la tête, et il caressait en souriant les beaux cheveux de Gertraud, demi-pâmée entre ses bras.