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CHAPITRE XI.
L’HOMME AUX TROIS COSTUMES.


Il était trois heures du matin. La salle Favart tremblait sous des polkas effrénées. Tout ce monde changeant et bigarré qui fait foule aux bals travestis, qui se mêle, qui court, qui crie, qui s’évertue, était là au grand complet et se donnait un mal d’enfer pour se divertir.

Les gens sans façons, commis, grisettes, étudiants, petits officiers, lorettes de second ordre et mères de famille en débauche dansaient à perdre haleine et fêtaient les quadrilles de Musard l’Ancien. Les gens bien élevés, les clercs d’huissier, les familiers du boulevard de Gand, les jeunes journalistes, gâtés par toutes sortes de succès douteux, et les domestiques de confiance possédant la clef de la garde-robe de leur maître, se promenaient gravement en habits noirs.

Il est bien entendu que M. le comte de Mirelune et Amable Ficelle, auteur de la Bouteille de Champagne, ne faisaient point défaut à la fête. Ficelle creusait sa cervelle vide. Mirelune intriguait.

C’est-à-dire qu’il déchirait des dominos en tirant dessus, et qu’il glissait sous les capuchons de satin ces triomphantes paroles :

— Toi, je te connais !…

Ficelle avait un nez de carton camard sur son nez pointu, et Mirelune avait un nez de carton pointu sur son nez camard.