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Le vieux Mosès mit un baiser sur le front de chacun de ses enfants, et deux sur la belle chevelure de Petite. Il gagna son appartement, l’heureux père, et s’endormit dans le calme de sa conscience. Ses rêves lui montrèrent les doux sourires de ses filles.

Il n’avait rien à désirer en ce monde, et sa vieillesse était entourée de bonheur…

Le jeune monsieur Abel partit pour le club au galop de ses chevaux anglais.

Au moment de monter en voiture, Petite s’approcha d’Esther et lui dit tout bas :

— Vas-tu venir ?

— Oui, répondit Esther.

— Alors, à bientôt !

Les deux sœurs se séparèrent, et Petite s’assit auprès de son mari, sur les coussins de sa calèche.

De l’hôtel de Geldberg à la rue de Provence, elle ne dit pas une parole.

— Vous n’allez nulle part ce soir, Sara ? demanda M. de Laurens au moment où la voiture s’arrêtait.

— Je ne suis point décidée, répondit Petite du bout des lèvres.

On descendit, et quelques minutes après, le mari et la femme étaient assis vis-à-vis l’un de l’autre, au coin de leur feu, dans la chambre à coucher de madame de Laurens.

C’était une pièce mignonne et toute gracieuse, que Petite avait meublée suivant son goût. Petite était une femme d’esprit et de tact qui ne manquait pas même d’un grain de poésie.

Tout ce dont elle s’entourait avait comme un parfum de grâce. Elle possédait au plus haut degré cet art féminin qui consiste à savoir s’enchâsser.

Le silence qui avait commencé dans la voiture continuait au coin du feu. M. de Laurens semblait éprouver un moment de calme, et sa figure, naguère encore tourmentée par ses nerfs en révolte, se reposait pour quelques instants.

Il regardait sa femme, qu’on venait de déshabiller, et qui avait jeté une robe de chambre sur ses épaules nues. Il y avait dix ans qu’il l’avait