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Le chevalier ouvrit la bouche en un sourire flatté, ce qui montra toute la rangée de ses dents osanores.

— Vous me feriez croire, — poursuivit Petite, que vous avez peur de quelque amourette…

— Oh ! fit Reinhold, Denise est si jeune !…

— Elle est si jolie ! chevalier… Mais reprenez votre cornet, je vous en conjure, ou M. de Laurens va venir réclamer son contingent de douceurs conjugales…

Reinhold éclata de rire, et lança gaiement ses dés sur la table de palissandre.

La longue figure de Mira resta immobile et sévère.

L’agent de change regardait toujours sa femme à la dérobée ; Abel bâillait à cœur-joie ; Lia lisait, et la comtesse Lampion semblait une belle statue de l’Ennui.

— En tout cas, reprit Petite, je vous souhaite bonne chance, chevalier. Mademoiselle d’Audemer est fort riche, et ce sera un excellent parti !

— Pour avoir attendu un peu, dit Reinhold, il est certain que je n’aurai pas perdu… mais n’est-il pas temps que je goûte enfin les bonheurs du ménage ?

Petite sourit et se retourna. Son regard rencontra celui de l’agent de change, et sa jolie tête s’inclina en un signe amical.

— Voyez ! dit Reinhold, — belle dame, vous me mettez l’eau à la bouche !…

La lèvre du docteur se releva, et sa grande figure prit une expression diabolique.

— Vous avez raison, répliqua Petite, sans perdre son sourire, — M. de Laurens est un homme bien heureux !…

Elle regarda Reinhold en face, et sa prunelle, brillante comme un diamant noir, eut un rayonnement aigu.

— Je vous souhaite un bonheur pareil… ajouta-t-elle.

Le chevalier ne put s’empêcher de baisser les yeux, comme on fait sous une brusque menace, lâchée à brûle-pourpoint.

Le docteur agitait son cornet lentement, et son œil ne pouvait point se détacher de Sara.