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Hans détourna sur lui un regard grave et sévère.

— L’enfant était le légitime héritier de Bluthaupt, prononça-t-il lentement, — et la femme était une douce créature qui s’agenouille aux pieds de Dieu, à cette heure, et qui prie pour nous.

Johann réprima un mouvement d’impatience.

— Il n’y a point à discuter avec vous là-dessus, voisin Hans, répliqua-t-il ; vous savez et nous ne savons pas Mais, quand nous vous questionnons en bons frères que nous sommes, pourquoi gardez-vous toujours le silence ?

— Je suis faible, répondit Hans, et j’ai une fille qui n’a que moi pour appui… Si mes paroles pouvaient servir l’héritier de notre maître, Dieu m’est témoin que je parlerais au risque d’être écrasé par leur vengeance…

— La vengeance de qui ? demanda vivement Johann, dont l’œil prit un regard cauteleux.

— Ce sont des hommes puissants, poursuivit Hans au lieu de répondre ; — nous ne pouvons rien contre eux, et nous ne pouvons rien pour le fils de Bluthaupt !

— Ce ne fut donc pas le diable, murmura l’un des convives, qui étrangla le comte Gunther et qui étouffa la comtesse Margarethe ?…

— Le diable a bon dos, dit Hermann, et les sots se chargent d’allonger son compte !

— En définitive, voisin Hans, ajouta Johann négligemment, — que l’enfant fût ou non le fils du démon, vous avez été son père nourricier, et vous devez savoir ce qu’il est devenu.

— Plût à Dieu ! murmura le marchand d’habits. Sur ceci, ajouta-t-il tout haut, je n’ai rien à cacher, et je puis tout dire… Après la mort du comte Gunther, nous nous retirâmes, Gertraud et moi, dans les dépendances du château de Rothe, où j’avais encore ma famille, étant né vassal d’Ulrich de Bluthaupt… L’enfant était avec nous… Gertraud et moi, nous l…élevions en secret… Les trois fils d’Ulrich seuls connaissaient le mystère et venaient parfois visiter notre cabane.

» Ils étaient alors bien jeunes et bien pauvres ! La proscription pesait sur leurs têtes ; ils n’avaient ni argent ni abri… mais ils mangeaient du