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CHAPITRE VI.
LE PETIT GUNTHER.


Joseph Regnault ou Geignolet avait un corps dégingandé, des articulations grosses et noueuses rattachant des membres grêles, de grands pieds plats, des mains énormes et une poitrine creuse qui se cachait entre deux épaules pointues.

Sa bouche large demeurait presque toujours entr’ouverte dans le sourire immobile de l’idiotisme. Son nez était écrasé, ses yeux, à fleur de tête, touchaient à ses cheveux fauves et rares, sous lesquels il n’y avait point de front.

Il s’arrangea commodément sous sa table, et fourra sa langue avec délices dans un verre d’eau-de-vie qu’il tenait à la main.

Quand le verre fut vide, il tira de sa poche une petite bouteille qu’il baisa en grimaçant amoureusement. Il emplit de nouveau son verre et le but à gorgées imperceptibles, comme les enfants gourmands sucent la liqueur sucrée d’un bonbon.

Il ne faisait point de bruit, personne ne soupçonnait sa présence…

Johann était dehors. Aux cabarets du Temple, comme partout ailleurs, les convives absents font, sans le savoir, les frais de la conversation.

Ceux qui restaient autour de la table, dans la salle réservée de la Girafe, se prirent à parler du maître de céans. On le déclarait brave