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Nesmer et Van-Praët obéirent à la première de ces injonctions. Les lourdes draperies glissèrent sur leurs tringles dorées. — On vit à la lueur des deux lampes, Margarethe, blanche comme une statue d’albâtre, renversée sur son lit.

Elle ne criait plus, elle ne bougeait plus.

Le docteur portugais tenait entre ses bras un enfant du sexe masculin.

L’espoir revenait au cœur de Gertraud, qui regardait de loin le fils de sa maîtresse chérie, et qui remerciait Dieu…

Nesmer et Van-Praët allèrent chercher le berceau paré de gaze et de guirlandes.

— Un fils ! un fils ! répétait le vieux Gunther qui redevenait pâle, et dont le corps débile recommençait à trembler. — Il s’appellera Gunther, comme moi… Ce nom porte bonheur…

Ses jambes fléchirent sous lui, et il se retint à l’une des colonnes du lit.

Le docteur le couvrait d’un regard fixe et attentif.

Zachœus et Van-Praët, sur un geste de José Mira, portèrent également leurs yeux sur le vieillard, dont le visage se décomposait rapidement.

— Vous voyez bien que la dose était bonne ! murmura le Hollandais avec son placide sourire.

— Qui donc se met entre moi et mon fils ! reprit en ce moment le vieux Bluthaupt, dont les yeux s’aveuglaient ; — laissez-moi voir l’enfant de ma douce Margarethe !… La voilà qui ne souffre plus… Comme elle est belle et que son repos est tranquille !…

Le docteur entoura l’enfant de ses langes, et le déposa dans le berceau.

Gertraud, qui avait repris courage, s’était approchée doucement à l’insu de tout le monde. Elle n’était séparée de Margarethe que par le docteur Mira, qui regardait toujours le vieux Bluthaupt avec ses yeux fixes et sombres.

Gunther semblait s’affaisser sous ce regard. — Ses lèvres décolorées remuaient en rendant des sons confus. Sa prunelle se perdait dans le blanc agrandi de ses yeux.

— Il n’en a pas pour deux minutes ! murmura le docteur.

Gertraud l’entendit et se redressa terrifiée.