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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/332

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L’AMI FRITZ.

— Je ne sais pas, mademoiselle Katel ; nous étions tranquillement à causer de Sûzel. Il a voulu se lever pour prendre un verre d’eau, et il est tombé !

— Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! pourvu que ce ne soit pas un coup de sang ! »

Et les deux pauvres femmes, criant, gémissant et se désolant, le soulevèrent, l’une par les épaules, l’autre par les pieds, et le déposèrent sur son lit.

Voilà pourtant à quelles extrémités peut nous porter l’amour ! Un homme si raisonnable, un homme qui s’était si bien arrangé pour être tranquille toute sa vie, un homme qui voyait les choses de si loin, qui s’était pourvu de si bon vin avec sagesse, et qui semblait n’avoir rien à craindre ni du ciel ni de la terre… voilà où le regard d’une simple enfant, d’une petite fille sans ruse et sans malice l’avait réduit ! Qu’on dise encore après cela que l’amour est la plus douce, la plus agréable des passions.

Mais on pourrait faire des réflexions judicieuses sur ce chapitre jusqu’à la fin des siècles ; c’est pourquoi, plutôt que de commencer, j’aime mieux laisser chacun tirer de là les conclusions qui lui plairont davantage.