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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/636

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MESSIRE TEMPUS.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p646.jpg
Puis il en vint un autre, sans bruit. (Page 29.)


les frémissements métalliques de l’épinette, et puis je ne sais quelle odeur de vieux réséda, d’eau de rose tournée au vinaigre… Oh ! horreur !… décrépitude !… folie ! Oh ! patraque abominable ! frissonne… miaule… grince… casse… détraque-toi ! Que tout saute… que tout s’en aille au diable !… Quoi !… c’est là Charlotte !… elle ! elle !… — Abomination !

Je pris une petite glace et me regardai, j’étais bien pâle. « Charlotte !… Charlotte ! » m’écriai-je.

Aussitôt, revenant à elle et baissant les yeux d’un air pudique :

« Théodore, murmura-t-elle, m’aimez-vous toujours ? »

Je sentis la chair de poule s’étendre tout le long de mon dos, ma langue se coller au fond de mon gosier. D’un bond je m’élançai vers la porte, mais la vieille fille, pendue à mon épaule, s’écriait :

« Oh ! cher… cher cœur ! ne m’abandonnes pas… ne me livres pas au bossu !… Bientôt il va venir… il revient tous les ans… c’est aujourd’hui son jour… écoute ! »

Alors, prêtant l’oreille, j’entendis mon cœur galoper. — La rue était silencieuse, je soulevai la persienne. L’odeur fraîche du chèvrefeuille emplit la petite chambre. Une étoile brillait au loin sur la montagne ; je la fixai, longtemps ; une larme obscurcit ma vue. En me retournant, je vis Charlotte évanouie.

« Pauvre vieille jeune fille ! tu seras donc toujours enfant ! »