Ouvrir le menu principal

Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/573

Cette page a été validée par deux contributeurs.
41
LA MAISON FORESTIÈRE.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p583.jpg
Le Père et le Fils. (Page 52.)


l’immense édifice comme des mouches de Saint-Jean, éclairaient ce monde en l’air de leurs lueurs rapides, puis s’éloignaient.

La cour, avec ses arcades hautes de cent cinquante pieds, ressemblait à une véritable cathédrale ; les moindres bruits s’entendaient d’un bout à l’autre. Jérôme de Spire, au milieu, donnait ses ordres et pressait l’ouvrage. Et comme Honeck, pensif, regardait de la sorte, il aperçut tout à coup le vieil architecte sur une haute échelle mince comme un fil, éclairé d’en bas par une torche et projetant son ombre anguleuse jusqu’au sommet de la voûte. Il lui sembla voir le prince des ténèbres, avec sa longue barbe de bouc dans cette ombre effilée. Mais au même instant il vit au-dessus, au sommet de la plus haute arcade, un point noir, gros comme une puce, laissant pendre un fil dans le vide, et il entendit le vieux Jérôme crier de sa voix grêle :

« Lâche ! » Le fil descendit ; puis une voix lointaine et faible comme un soupir demanda du haut des airs :

« Encore ?

— Non, assez, » fit Jérôme en redescendant son échelle.

Honeck comprit qu’on venait de placer la grande lampe au milieu de la voûte.

Il allait se retirer, quand l’entrée du caveau de Virimar, en face, s’illumina de rouge ; une vingtaine de reîters en sortirent deux à deux, et montèrent aux galeries, avec de grands paniers, où les coupes d’or enrichies de perles, les wiedercom et les vases d’argent, qui devaient