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LA TAVERNE DU JAMBON DE MAYENCE.

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Malire Sébaldus, sa large tête grisonnante découverte, et tenant à la main Fridoline. (Page 88.)


Christian, et tout le monde ? Oui, le capucin levrait être là. S’il ne revient pas, tout sera manqué ; qui pourra chanter comme lui : « Buvons ! buvons ! buvons ! » Il n’y en a pas un dans tout Bergzabern… dans tout Bergzabern ? allons donc, il n’y en a pas un dans tout le pays, dans tout l’univers !… Ah ! s’il revenait... tout serait en ordre. »

Et ses yeux se tournaient involontairement vers la porte des Trabans ; il exhalait de longs soupirs.

Cependant le moment de la fête approchait ; de grandes rumeurs s’élevaient par toute la ville ; la foule, hommes, femmes, enfants, pêle-mêle, riant, chantant, sifflant, remontait en tumulte de la place des Halles et des Vieilles-Boucheries, et se précipitait vers la voûte de l’antique synagogue ; et le tambour du watch-mann Purrhus, se rapprochant de seconde en seconde, marquait la mesure de cette marche colossale. Il y avait des cris, des grognements, des hurlements, des murmures, des éclats de rire et des clameurs étranges, inouïes, mais toujours le pan, pan, pan du tambour dominait le bruit, comme à la danse des ours.

Toutes les tables alors étaient prêtes ; la mère Grédel, Hâfenkouker, Christian et Fridoline rentrèrent à la taverne, où se trouvaient déjà réunis bon nombre des amis du Jambon de Mayence : Toubac, Hans Aden, Trievel Rasimus, Paulus Borbès, Bével Henné, sans parler du bourgmestre Omacht, du conseiller Baltzer et d’une quantité d’autres personnages de la ville.