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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/468

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CONFIDENCES

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p478.jpg
Margrédel, par sa conduite, me lassa tellement d’elle en ce jour, que mon parti fut pris tout de suite. (Page 42)

que je connaisse ; moi, je suis le plus fort à bras-le-corps, c’est vrai ; mais pas de rancune, embrassons-nous !

—Je veux bien, » dit le canonnier en regardant toujours Margrédel.

Ils s’embrassèrent, et Margrédel, les observant de loin, porta la main sur son cœur. Alors je compris tout : ce grand gueux de canonnier s’était laissé vaincre par amour, sachant que, s’il renversait l’oncle sur la place, jamais il ne pourrait revoir Margrédel ni la demander en mariage ; c’est par la ruse qu’il venait de gagner l’affection de l’oncle Conrad, homme orgueilleux, plein de vanité, et d’autant plus aveugle, qu’il avait eu peur de Yéri-Hans, et ne comprenait pas lui-même sa victoire. Son unique crainte maintenant était d’être forcé de donner sa revanche au grand canonnier ; aussi l’embrassa-t-il sur les deux joues en répétant :

« Oui, Yéri-Hans, au collet il n’y en a pas un qui te vaille. »

Et se tournant vers la foule :

« Entendez-vous, au collet voici l’homme le plus fort ! C’est moi, Stavolo, qui le dis, et si quelqu’un ose soutenir le contraire, c’est à moi qu’il aura affaire. — Ah ! Yéri, tu m’as donné de la peine, mais à cette heure il faut se réjouir ; prends Margrédel, Yéri, prends Margrédel : dansez ensemble, mes enfants, réjouissez-vous ! Tu resteras à la maison toute la fête, entends-tu, Yéri ? nous allons nous réjouir, nous faire du bon temps ; oui, tu resteras à la maison.