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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/444

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CONFIDENCES

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p454.jpg
Hue, Fox ! hue. Rappel ! (Page 19.)

« Mère Robichon, vous vous rappelez que dans le temps, il y a dix-huit ans, quand vous arriviez la ferme, vous m’apportiez toujours des petits pains d’épice anisés ! » Et c’est la pure vérité, monsieur Stavolo, ce pauvre enfant était tout pâle, tout pâle ; la mère Yéri ne pensait pas le conserver ; je lui apportais des pains d’épice contre les vers, de chez le pharmacien Hospes. Et à cette heure, quel homme, Seigneur Dieu, quel homme ! Ah ! quand on voit des enfants, on ne peut pas savoir ce qu’ils deviendront. »

Ainsi parla la vieille d’une seule haleine. d’oncle Conrad semblait impatient ; Margrédel écoutait, la bouche entr’ouverte, et moi je regardais Margrédel, pensant : « Comme ses yeux brillent ! »

L’idée de la bohémienne me revenait malgré moi.

« Bon, bon, cria l’oncle, il vous a donné du pain d’épice, c’est beau de sa part, ça prouve qu’il est reconnaissant ; mais pourquoi donc est-ce qu’on dit qu’il est l’homme le plus fort du monde ?

— Du monde, monsieur Stavolo, pour ça, je ne sais pas ; non, dans le monde, il doit y en avoir d’aussi forts, mais le plus fort du pays, ça, c’est sûr.

— Du pays ! dit l’oncle. Et le charbonnier Polak, le bûcheron Diemer…

— Il les a mis par terre, interrompit la vieille,

— Comment… qui ?

— Le charbonnier, monsieur Stavolo

— Le charbonnier était là ?