Ouvrir le menu principal

Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/364

Cette page a été validée par deux contributeurs.
32
L’AMI FRITZ.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p374.jpg
Quoi donc, mon père ? (Page 26.)


il se réveillait de temps en temps pour en rire encore :

« On irait bien loin, pensait-il, pour trouver d’aussi braves gens qu’à Hunebourg. Ce pauvre rebbe David est-il honnête dans sa croyance ! Et le grand Frédéric, quelle bonne tête de cheval ! Et Hâan, comme il glousse bien ! Quel bonheur de vivre dans un pareil endroit ! »

Le lendemain, à huit heures, il dormait encore comme un bienheureux, lorsqu’une sorte de grincement bizarre l’éveilla. Il prêta l’oreille, et reconnut que le rémouleur Higuebic était venu s’établir, comme tous les vendredis, au coin de sa maison, pour repasser les couteaux et les ciseaux de la ville, chose qui l’ennuya Beaucoup, car il avait encore sommeil.

À chaque instant, le babillage des commères venait interrompre le sifflement de la roue ; puis c’était le caniche qui grondait, puis l’âne qui se mettait à braire, puis une discussion qui s’engageait sur le prix du repassage, puis autre chose.

« Que le diable t’emporte ! pensait Kobus. Est-ce que le bourgmestre ne devrait pas défendre ces choses-là ? Le dernier paysan peut dormir à son aise, et de bons bourgeois sont éveillés à huit heures, par la négligence de l’autorité. »

Tout à coup Higuebic se mit à crier d’une voix nasillarde : « Couteaux, ciseaux à repasser ! »

Alors il n’y tint plus et se leva furieux.

« Il faudra que je parle de cela, se dit-il : je porterai l’affaire devant la justice de paix. Ce