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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/300

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LE BLANC ET LE NOIR.


Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p310.jpg
Il y eut un nouvel éclair. (Page 47.)

« Faut-il s’étonner, Monsieur Rothan, que l’imagination d’un pauvre vieux bonhomme comme moi radote, quand le ciel et la terre se confondent, et que l’amour et la haine se marient, pour nous montrer des crimes inconnus dans notre pays jusqu’à ce jour ? Faut-il s’en étonner ? »

Nous reprîmes tous nos places avec un sentiment de dépit contre l’ingénieur, qui seul était resté calme et nous avait vus trembler ; nous lui tournions le dos, en vidant des chopes coup sur coup sans dire un mot ; lui, le coude au bord de la croisée, sifflait entre ses dents je ne sais quelle marche militaire, dont il battait la mesure des doigts sur les vitres, sans daigner s’apercevoir de notre mauvaise humeur.

Cela durait depuis quelques minutes, lorsque Théodore Blitz reprit en riant :

« M. Rothan triomphe ! Il ne croit pas aux esprits invisibles ; rien ne le trouble, il a bon pied, bon œil et bonne oreille ! Que faut-il de plus pour nous convaincre d’ignorance et de folie ?

— Hé ! répliqua Rothan, je n’aurais pas osé le dire ; mais vous définissez si bien les choses, Monsieur l’organiste, qu’il n’y a pas moyen de vous désavouer, surtout en ce qui vous concerne personnellement ; car, pour mes vieux amis Schultz, Ulmett, Klers et autres, c’est différent, bien différent ; il peut arriver à tout le monde de faire un mauvais rêve, pourvu que cela ne dégénère pas en habitude. »

Au lieu de répondre à cette attaque directe,