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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/292

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LA VOLEUSE D’ENFANTS.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p302.jpg
Christine regarda Peau noire fangeuse (Page 42.)

Le colonel sourit avec amertume.

« Vous l’avez renvoyée ? fit-il.

— Oui… elle m’a paru retomber sur-le-champ dans sa folie.

— Parbleu ! s’écria le comte d’une voix tonnante, vous refusez votre appui à cette malheureuse, vous faites disparaître sa dernière lueur d’espérance, vous la réduisez au désespoir, au lieu de la soutenir et de la défendre, comme c’est votre devoir !… Et vous osez garder votre place, vous osez en toucher les émoluments !… ah ! Monsieur ! »

Et s’approchant du prévôt, dont la perruque tremblait, il ajouta d’une voix basse, concentrée :

« Vous êtes un misérable !… Si je ne retrouve pas mon enfant, je vous tue comme un chien. »

Maître Schwartz, ses gros yeux hors de la tête, les mains écarquillées, la bouche pâteuse, ne soufflait mot : l’épouvante le tenait à la gorge, et d’ailleurs il ne savait que répondre.

Tout à coup le colonel lui tourna le dos, et s’approchant de Christine, il la considéra quelques secondes, puis élevant la voix :

« Ma bonne femme, lui dit-il, tâchez de me répondre. Voyons… au nom de Dieu… de votre enfant… où avez-vous vu cette femme ! »

Il se tut, et la pauvre folle de sa voix plaintive murmura :

« Deubche !… Deubche !… Ils l’ont tuée !… »

Le comte pâlit, et, dans un accès de terreur, saisissant la folle au poignet :

« Répondez-moi, malheureuse, s’écria-t-il, répondez-moi !… •