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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/276

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MON ILLUSTRE AMI SELSAM.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p286.jpg
L’eau du bocal était devenue trouble. (Page 21.)

que le rouge qu’elle s’était mis sur le pommettes apparaissait comme des taches de sang.

Je ne fis qu’un saut de notre maison à l'hôtel de Selsam.

En entrant chez lui, j’étais, à ce qu’il paraît, blême comme un mort.

« Mon ami… il y a une crise !… »

Mais je m’arrêtai, saisi de stupeur. Une nombreuse société se trouvait réunie chez Selsam :

— C’était d’abord M. le conservateur du Musée archéologique, Daniel Brêmer, avec sa grande perruque poudrée et son habit marron, la face pleine et les yeux à fleur de tête comme une grenouille ; il tenait à la bouche une sorte de cornemuse gigantesque, et semblait en montrez l’usage aux autres ; — puis M. le maître de chapelle, Christian Hoffer, en chapeau à claque, accroupi dans un fauteuil et ses longues jambes allongées à perte de vue sous la table il faisait jouer, de ses longs doigts osseux, les clefs d’un autre instrument bizarre en forme de tube, et ne leva pas même les yeux sur moi lorsque la porte s’ouvrit, tant cet examen absorbait son attention ; — MM. Kasper Marbach, prosecteur à l’hôpital Sainte-Catherine, et Rebstock, doyen de la Faculté des belles-lettres, tous deux en habit noir et cravate blanche, se trouvaient aussi là, l’un armé d’un immense plateau de bronze, l’autre ceint d’une sorte de tambour de bois des îles à peau de bouc.

Ces gens graves assis autour du candélabre, les joues gonflées, la baguette en l’air, la physionomie méditative, me produisirent un effet