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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/269

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LE TRÉSOR DU VIEUX SEIGNEUR.

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p279.jpg
Fridoline, voulez-vous être ma femme ? (Page 19.)

vins même de ce que vous m’aviez dit à Munich

« Comment pouviez-vous voir l’or, le

cercueil et le chevalier, Nicklausse, puisque vous n’aviez pas de lumière ? Reconnaissez que votre rêve n’a pas le sens commun. » Et pour répondre à cette objection, mes yeux cherchaient une lumière quelconque. C’est alors que je vis une ouverture dans la muraille. À l’extérieur, cela ressemblait à un de ces goulots massifs, comme il s’en trouve dans tous les remparts, pour laisser transpirer l’humidité de la terre. La lune pâle regardait par ce trou et confondait ses rayons bleus avec les rayons jaunes de notre lampe.

« Tout cela, mon cher monsieur Furbach, est pour vous dire qu’en de pareils instants nos sens acquièrent une acuité surprenante ; rien ne leur échappe, pas même les circonstances indifférentes.

« Zulpick venait de saisir la couronne posée sur un coussin de pourpre vermoulu et la plaçait sur sa tête d’un air superbe. Il prit de même l’épée, puis la coupe et me regardant :

« —Voici le duc, dit-il d’un accent solennel, le vieux duc Gontran l’Avare ! »

« Et comme je soulevais un coin de la tenture, roide comme du carton, et que sous les oripeaux nous apparaissait l’or, le vieux fou, levant son épée, voulut m’en asséner un coup sur la tête, mais un gargouillement indéfinissable s’échappa de sa poitrine, et il s’affaissa en exhalant un long soupir.

« Saisi d’horreur, j’approchai la lampe et vis qu’il avait la tempe gauche d’un noir bleuâtre,