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Page:Erckmann-Chatrian - Contes et romans populaires, 1867.djvu/116

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HUGUES-LE-LOUP

Erckmann - Chatrian - Contes et romans populaires, 1867 p126.jpg
Reste ! hurla le comte. (Page 22.)

Et les assistants se regardent… Ils pensent : « Un jour, cette même lutte aura lieu pour nous. Et la mort victorieuse nous emportera dans son antre, comme l’araignée la mouche. Mais la vie… elle… l’âme, déployant ses ailes, s’envolera vers d’autres cieux en s’écriant : « J’ai fait mon devoir, j’ai vaillamment combattu ! » Et d’en bas, la mort, la regardant s’élever, ne pourra la suivre : elle ne tiendra qu’un cadavre ! — Ô consolation suprême !… certitude de l’immortalité, espérance de justice, quel barbare pourrait vous arracher du cœur de l’homme ?… »

Vers minuit, le comte de Nideck me semblait perdu, l’agonie commençait ; le pouls brusque, irrégulier, avait des défaillances… dee interruptions… puis des retours soudains.

Il ne me restait plus qu’à voir mourir cet homme… je tombais de fatigue ; tout ce que l’art permet, je l’avais fait.

Je dis à Sperver de veiller… de fermer les yeux de son maître.

Le pauvre garçon était désolé ; il se reprochait son exclamation involontaire : « Comte de Nideck, que faites-vous ? » et s’arrachait les cheveux de désespoir.

Je me rendis seul dans la tour de Hugues, ayant à peine eu le temps de prendre quelque nourriture ; je n’en sentais pas le besoin.

Un bon feu brillait dans la cheminée. Je me jetai tout habillé sur mon lit et le sommeil ne tarda pas à venir : ce sommeil lourd, inquiet, que l’on s’attend à voir interrompre par des gémissements et des pleurs.