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Page:Dupeuty, Bourget - Tromb-Al-Ca-Zar.pdf/4

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VERT-PANNÉ.

Des comestibles !


GIGOLETTE.

C’est la manne du dessert !…


BEAUJOLAIS, la reprenant.

Du désert !…


GIGOLETTE.

J’ veux bien, pourvu que je mange.


BEAUJOLAIS, à Ignace.

Et moi qui vous prenais pour un affreux cancre !


IGNACE.

Vous avez dit, noble étranger : « Si on m’invite, j’accepte… » Eh bien ! je vous invite !


BEAUJOLAIS.

Et nous acceptons… (Refrain des Hirondelles.) ô bonheur !


VERT-PANNÉ, idem.

Ô douceur !


GIGOLETTE, de même. – Révérence.

Oh ! Mossieur !


IGNACE, saluant.

Madame ! (La regardant. À part.) Oh ! Simplette en brigande !


GIGOLETTE, à part.

C’est lui !… C’est Ignace… Je le reconnais à ses cheveux !


IGNACE, à part.

Si elle me reconnaît, elle est dans le cas de me poignarder.


GIGOLETTE, à part, en passant à gauche.

S’il met mon nom sur ma frimousse, il va me dénoncer à ma noble famille, et alors bien le bonjour le drame et la comédie…


IGNACE, à part.

Oh ! je tiens mon moyen ! Voyons s’ils sont aussi braves qu’ils en ont l’air, (Haut, offrant la main à Gigolette.) Donnez-vous donc la peine de vous asseoir !… J’aurai l’honneur de vous servir… (Remontant vers la porte du fond.) Si vous ne déjeunez pas seuls, vous aurez une très-jolie compagnie, car j’aperçois là-bas, sur la route, la brigade de gendarmerie…


TOUS, se levant.

Hein ?


BEAUJOLAIS.

Les gendarmes qui nous cherchent… Mes enfants, c’est le moment de jouer la scène de la Fille de l’air.


VERT-PANNÉ.

J’entends les gros talons, détallons !


TOUS.
––––––––Détallons et fuyons !
––––––––Dépêchons, détallons ! bis.

(Ils se sauvent en imitant les danseuses qui rentrent dans la coulisse, les bras en l’air et sur les pointes.)


Scène V.

IGNACE, puis GIGOLETTE.



IGNACE.

Oh ! quelle idée !… Ils se sauvent… J’ai bien envie d’en faire autant. Avant tout, serrons les sardines dans le buffet.


GIGOLETTE, rentrant, à part.

Je vais m’assurer si ce sournois-là a deviné la paysanne dans la comédienne.


IGNACE.

Comment ! elle revient ? Heureusement elle est sans armes. (À Gigolette.) Il paraît que vous ne craignez pas la maréchaussée ?


GIGOLETTE.

Est-ce qu’on craint quelque chose dans notre vie de bohème, quand on a pour arme le masque d’Athalie et le poignard de la belle Pomène !


IGNACE.

Le poignard de la belle Pomène ?


GIGOLETTE, s’accompagnant avec les castagnettes.
––––––La Gitana, croyez bien ça,
––––––––––Toujours rira
––––––––––Et chantera !
–––––––––––––Ah !
PREMIER COUPLET.
––––––Au point du jour, comme la fauvette,
––––––––Elle chante en s’éveillant.
––––––Le soir venu, joyeuse fillette.
––––––––Elle rit en s’endormant,
––––––––Elle rit même en rêvant.
REPRISE.
––––––La Gitana, croyez bien ça,
––––––––––Toujours rira
––––––––––Et chantera !
–––––––––––Ah ! ah ! ah !
DEUXIÈME COUPLET.
––––––Pendant l’orage elle rit et chante,
––––––––En bravant l’éclair qui luit.
––––––Dans son esquif narguant la tourmente,
––––––––Sur l’onde elle chante et rit,
––––––––Sur l’onde elle chante et rit.
REPRISE.
––––––La Gitana, croyez bien ça,
––––––––––Toujours rira,
––––––––––Et chantera !
–––––––––––Ah ! ah ! ah !

IGNACE.

Décidément elle ne me reconnaît pas, et je reste.


BEAUJOLAIS, en dehors.

Mais viens donc ! viens donc !


IGNACE, à part.

Bon ! revoilà mes deux scélérats !


Scène VI.

Les Mêmes, BEAUJOLAIS, VERT-PANNÉ.



BEAUJOLAIS, entrant, à Ignace, en lui prenant l’oreille.

Qu’est-ce que vous nous disiez donc, hôtelier de mon cœur ? pas plus de tricornes que sur ma main. (Coup de pied.)


IGNACE.

Bien sûr ?


VERT-PANNÉ.

Est-ce que tu voudrais nous faire poser, laquais sans livrée ? (Coup de pied.)


IGNACE.

Oh ! je remets les sardines. (Il va au buffet.)


TOUS.

À table !


IGNACE, à part, servant les sardines.

Ô Simplette ! si tu n’avais pas tant de charmes, comme je filerais !


VERT-PANNÉ.

Comment, une sardine pour potage !


GIGOLETTE.

Une sardine ! passe-moi-z-en une.


BEAUJOLAIS.

Passe-m’en.


GIGOLETTE.

J’veux bien, pourvu que je mange.


IGNACE.

Ce petit poisson est excellent.


GIGOLETTE.

Si on pouvait dire au moins : Petit poisson deviendra grand !


IGNACE.

Je vous assure qu’il est frais.


BEAUJOLAIS, avec humeur et se levant.

Oui, il effraye ceux qui veulent le manger. Voyons, la, en douceur, la main sur la conscience, est-ce qu’il n’y a pas là, sur la planche, quéque chose à se mettre sous la dent ?


IGNACE.

Comment ! vous voulez vous mettre une planche sous la dent ? (Geste de Tromb.) Eh ! eh ! j’aurais bien un petit jambon.


TOUS.

Un jambon !


BEAUJOLAIS, chantant.

Il avait un jambon…


VERT-PANNÉ ET GIGOLETTE, de même.

Et il ne le disait pas !

(Ils escortent Ignace qui porte le jambon sur un plat, Beaujolais à gauche, Vert-Panné à droite, Gigolette derrière Ignace, les mains étendues sur sa tête.)


IGNACE, posant le jambon sur la table.

J’hésitais à vous l’offrir, parce que ce n’est qu’un enfant du pays.


BEAUJOLAIS.

Un jambon de Bayonne ?


VERT-PANNÉ.

La terre promise…


GIGOLETTE.

La terre de Chanaan.


BEAUJOLAIS, la reprenant.

Kanaan.


GIGOLETTE.

J’ veux bien.


TOUS.

Terre de Chanaan, salut !