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AIR : Cette baigneuse fugitive. (Le canotier.)
Ce régiment, plein d’élégance,
Nous fournit tous nos cavaliers,
Et les grands prix, pour récompense,
Dansent avec messieurs les officiers.
Au gros-major, par politesse,
Le prix d’honneur…

BRANCADOR, riant forcément.
Le prix d’honneur…C’est donc alors
Le colonel qui, comme chef du corps,
Fait danser le prix de sagesse ?


(Se contenant.) Mais toi, cher ange, toi ?


HONESTA.

Ah ! moi, je dansais toujours, toujours, toujours avec Alberto.


BRANCADOR.

Ah ! tu dansais toujours, toujours, toujours avec Alberto !.. Et quel est ce drôle ?


HONESTA.

Ce drôle !… Alberto, le petit lieutenant, qui venait tous les jours au parloir, pour voir sa sœur… et qui ne voyait que moi… il m’aime tant !… Et il m’aimera toute sa vie, voyez Vous… Aussi, quand il a su notre mariage, il était désespéré, furieux ; il voulait vous massacrer !


BRANCADOR.

Alberto avait l’intention de me massacrer !


HONESTA.

Oui… mais il vous a vu, et… il s’est mis à rire… (Elle rit aux éclats.) Ha ! ha ! ha !


BRANCADOR.

J’aime mieux cela… c’est-à-dire, non !… Continuez donc, marquise.


HONESTA.

Eh bien ! nous l’inviterons, avec tous ses camarades… tout l’état-major… Oh ! comme nous nous amuserons !


BRANCADOR.

Et moi ?


HONESTA.

Vous, vous ne vous amuserez pas… vous resterez dans un coin…


BRANCADOR, riant forcément.

Dans un coin ?… tout seul ?… sur ma banquette ?…


HONESTA.

N’est-ce pas votre place… votre rôle… puisque vous êtes le mari… Allez donc ! allez donc !


BRANCADOR.

Comment ! mais je saisis parfaitement la combinaison… Pendant que vous danserez avec les quatre escadrons, je resterai bien tranquille dans mon petit coin… on se dira : « Quel est ce Vieux maussade, là, sur sa banquette ? — C’est le mari. — Ah !