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HONESTA, jetant un léger cri.

Ah !… pardon, monsieur… je ne vous voyais pas…


BRANCADOR.

Et vous eûtes peur ?…


HONESTA, douce et timide.

Peur ?… non… pas tout à fait… mais la seule vue d’un homme…


BRANCADOR, enchanté, à lui-même.

La seule vue d’un homme !… la seule vue d’un homme seul !… C’est l’innocence d’une colombe. (S’expliquant.) D’une colombe dépareillée… car, il y en a de bien légères… (Haut.) Rassure-toi, mon Honesta…


HONESTA.

Oh ! monsieur !…


BRANCADOR.

Quoi donc ?… Ah ! à cause du toi… Oh ! il faut nous y mettre…


HONESTA.

Oui, monsieur.


BRANCADOR.

Nous allons changer un peu nos habitudes… et d’abord… ceci…


HONESTA.

Quoi donc, monsieur ?


BRANCADOR.
AIR : le Retour des chansons.

Ce voile blanc qui couvre ton visage,
Et le défend contre les aquilons,
Ce voile épais me semble le nuage
Qui du soleil obscurcit les rayons.
Ah ! par pitié, fais tomber cet obstacle !
Depuis le jour où brilla sans bandeau
De tes attraits l’aspect toujours nouveau,
Ton doux visage est mon plus beau spectacle,
Et je voudrais voir lever le rideau !…
Oui, ton visage est mon plus beau spectacle,
Dépêche-toi de lever le rideau !


HONESTA, écartant son voile.

Êtes-Vous content ?


BRANCADOR, avec passion.

Si je suis content !… si je suis… mais, femme primitive, tu n’as donc aucune idée de quoi que ce soit !… tu ne connais donc l’humanité… que par mon faible échantillon !


HONESTA.

Si fait, monsieur… au couvent, je connaissais mes jeunes compagnes.


BRANCADOR.

Tes jeunes compagnes… oui… Ce n’est pas de ce côté que j’envisageais l’humanité… je voulais dire : côté des hommes…