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LES PREMIERS POÈTES DU VERS LIBRE

un ensemble de parties en prose et de parties en vers, — le même cadre que j’allais employer deux ans plus tard pour la Vierge du roc ardent et plus tard encore pour la Réponse de la bergère au berger. Les parties en vers de ces deux derniers poèmes devaient être et ne pouvaient être que des vers libres ; mais, à l’époque où j’écrivais À la gloire d’Antonia, je n’en étais pas à cette décision, et, pendant les trois premiers mois de l’année 1886, je tâtonnais, hésitant entre la forme du vers régulier plus ou moins libéré et une formule de vers libre dont la nécessité s’imposait à mon esprit. Mon ami le musicien Xavier Perreau, que je voyais alors quasi quotidiennement, doit se rappeler tout cela, et n’a pu oublier en particulier quelle place la question de l’accent rythmique dans le vers tenait dans nos conversations de cette époque !

Les quelques jours passés avec Laforgue, en dépit des nuances qui pouvaient nous diviser, furent pour moi un tel encouragement que, dès mon retour de Berlin et déjà dans le wagon qui me ramenait à Paris, je pris mon parti et commençai à esquisser en vers libres certaines parties du poème. Malheureusement, à côté du bon génie qui encourage, il y a souvent le démon qui décourage ; et les ironies persévérantes de Teodor de Wyzewa, avec qui je vivais en commun, eurent le pouvoir