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marquent vers le vers libre, je me refuse absolument à y voir autre chose que des poèmes en prose.

Un autre cas, infiniment moins illustre, de poèmes en prose où l’on a voulu, bien à tort, voir des vers libres, nous fournira à la fois un exemple assez typique et l’occasion de porter un jugement motivé dans une question fort discutée, et qui intéresse la suite de cette étude, la question Krysinska.

On sait que Marie Krysinska est une poétesse (morte aujourd’hui) qui, huit à dix ans avant le symbolisme, collaborait au Chat Noir, et qui prétendit avoir inventé le vers libre. Dans l’avant-propos de ses Rythmes Pittoresques, parus en 1890 chez Lemerre, et dans l’introduction de ses Intermèdes, parus en 1904 chez Messein, elle affirma avoir publié ses premiers vers libres en 1882 et 1883 dans le Chat Noir, la Vie Moderne et la Libre Revue.

Il faut constater que la manière dont Gustave Kahn a combattu cette prétention lui a plutôt donné une apparence de bien-fondé. Parlant d’un poème de Marie Krysinska paru dans la Vie Moderne du 26 mai 1883, et sans la nommer, Gustave Kahn, en quelques lignes qui manquent d’ailleurs de précision, laisse entendre qu’elle aurait eu connaissance de poèmes qu’il aurait écrits antérieurement. Il suffirait de professer que les poèmes de Gustave