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2o L’ignorance du nombre des syllabes ;

et j’ajoute, comme donnée accessoire :

3o La libération d’un certain nombre de petites règles, telles que césure, rime, hiatus, etc.[1].

La définition ainsi comprise, non seulement nous ne courrons plus le risque de prendre Mallarmé pour un vers-libriste ; mais nous saurons de toute évidence que le vers de Verlaine n’est pas un vers libre : pourquoi ? parce que Verlaine compte toujours ses syllabes.

Des exemples montreraient toute la différence qui sépare le vers libre et le vers libéré, même extra-libéré. C’est ainsi que, dans le tableau que je dresserai tout à l’heure des premiers vers-libristes, on ne verra pas figurer les Flammes Mortes de Gabriel Mourey, qui ont paru en 1888. On lit, dans les Flammes Mortes, beaucoup de vers qui, à première vue, peuvent passer pour des vers libres ; mais, à les regarder de près, il n’y a là qu’une succession de vers de onze, de douze, de treize syllabes extra-libérés, mais à syllabes toujours strictement comptées ; et ce qui achève de le prouver, c’est que, dans plusieurs pièces, ces vers se disposent en strophes qui, toutes, les unes après les autres,

  1. Il serait possible de dénommer « vers syllabique » le vers régulier ou libéré et de dénommer « vers non syllabique » le vers libre ; mais la dénomination de « vers accentué », employée par André Spire, ne saurait désigner spécialement le vers libre, puisque le vers classique est aussi bien, en réalité, un vers accentué.