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Or, voici qui est décisif : le vers régulier ou libéré est quelquefois cela, une unité, mais quelquefois ne l’est pas. Pour tout dire, le vers devrait toujours, à notre avis, être une unité, parce qu’il devrait toujours être un jaillissement, le jaillissement étant le propre de la pensée poétique ; et, selon nous, c’est parce que le vers est sorti du domaine de la pensée poétique pour entrer dans celui (tout rationnel) de la pensée prose, qu’il a perdu si souvent son unité (son unité primitive)… Mais ce sont là considérations d’ordre théorique et doctrinal, que nous éliminons de cette étude… En fait, beaucoup de vers réguliers ou libérés sont d’admirables unités de signification, d’admirables unités de vision, d’admirables unités musicales…

Non, vous ne verrez point cette fête cruelle…

a dit Racine ; et, dans le sonnet de Verlaine :

Il a vaincu la femme belle au cœur subtil…

Mais combien, par contre, n’ont d’autre unité que la numération de leurs douze syllabes !

Que les temps sont changés ! sitôt que de ce jour…

ou le premier vers du même sonnet de Verlaine :

Parsifal a vaincu les filles, leur gentil…

Au contraire, le vers libre est toujours une unité ; il n’y a pas de vers libre qui ne soit une unité… Et ce serait rentrer dans l’étude théorique et doc-