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d’essayer préalablement de définir ce qu’est le vers libre, non pas tant pour en donner une définition théorique que pour déterminer en quoi il se différencie du vers traditionnel plus ou moins libéré, — une définition pratique à laquelle tout le monde puisse se rallier et se référer.

Aussi bien, une telle définition est-elle plus nécessaire qu’on ne pourrait le présumer. Un grand journal, un journal infiniment sérieux, n’a-t-il pas imprimé, à propos de ces conférences, octobre 1920, que Mallarmé, Verlaine et Rimbaud étaient des poètes du vers libre ? Mallarmé vers-libriste ! Sans aller jusqu’à cette énormité, il est courant d’entendre qualifier vers libres des vers qui ne sont que des vers traditionnels plus ou moins agrémentés de licences. Pour donner une idée de la confusion qui règne à ce sujet, voici deux critiques, deux écrivains qui ont fait leurs preuves, et qui, dans leurs lettres, m’alléguaient récemment :

Camille Mauclair : les vers libres des Complaintes de Jules Laforgue, et les vers libres de René Ghil !

Ernest Raynaud, pourtant si bien documenté sur les choses du symbolisme et si finement clairvoyant : les vers libres de Charles Cros, qui n’a jamais écrit que des vers réguliers !

Quant à Verlaine, bien qu’il ait bataillé contre la nouvelle prosodie, combien de critiques parlent encore de ses vers libres, sous prétexte qu’il a com-