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ANTONIA


L’Amant

Loin de moi, maudite ! et si je dois mourir, que je meure
Loin, loin à jamais, loin de tes yeux trompeurs !


Ils se battent. Tout à coup l’Amant pousse un grand cri et tombe, frappé à la poitrine. Pâris, blême, blessé lui-même, perdant du sang, s’adosse, chancelant, contre un arbre.

À ce moment des gens arrivent, accourant de toutes parts, avec des cris mêlés, des exclamations, des interrogations multiples qui s’entrecroisent. Ils forment un grand cercle autour de l’Amant étendu par terre sans connaissance ; des femmes le soignent.

Long silence.

Et tous, comme en une sorte de répons, à mi-voix, s’étant inclinés, ils murmurent :


Les Femmes

Que le regard du Seigneur
Descende sur le pécheur !



Les Hommes

Et que sa main vengeresse
Épargne la pécheresse !


L’Amante est tombée à genoux, et, se cachant le visage de ses mains, elle pleure abondamment.

Au ciel le soleil se lève.