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LA FIN D’ANTONIA


La Mendiante

Au temps des amours fatidiques,
Celui que j’ai aimé me dit de sa voix prophétique,
De sa voix de mourant,
De sa voix d’idéal amant :
Notre amour,
C’eût été que ne périsse pas notre jour ;
Notre amour, c’eût été que ce que nous étions
Se perpétue parmi les générations ;
Notre amour, que n’a-t-il donc été
La continuité
Des joies et des douleurs par où nous avons passé 3
Notre amour, oh ! c’était, femme, que je sois père,
C’était que tu sois mère.

Et puis,
Au sein des fards, des fleurs et des folies,
Le chevalier de mon âme meurtrie,
Le chevalier du passé de ma vie,
Oui, celui qu’évoquèrent mes mélancolies,
Il a dit, il a dit :
Va et cherche ta route !
Elle fleurira, ton âme absoute.

Alors, comme j’allais quitter
L’humanité,
Du fond de l’inconnu sur mon chemin
S’est levé le jour du destin,
Et voici que s’accomplit la fin.