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ANTONIA

Maintenant elle est agenouillée, anxieuse et comme implorante, devant lui. Il est étendu dans une prostration ; ses yeux s’entrouvrent et se referment tour à tour ; parfois il soulève faiblement la tête. Entend-il ? voit-il ? l’Amante, plus pâle encore, toute penchée sur lui, a pris ses deux bras dans ses mains, et, regardant ses yeux, sa bouche touchant presque sa bouche, après un si cruel silence, enfin, à voix très basse et palpitante, elle commence à lui parler.



L’Amante

Bien-aimé ! bien-aimé !
Regarde ! je suis la bien-aimée.

Bien-aimé ! mon époux !
Comprends ! je suis l’épouse, et me voici pendante à tes genoux.

Bien-aimé ! bien-aimé ! ô mon frère !
Je t’aime ; je suis là ; je suis fidèle ; espère !

Ô mon mari, mon maître, mon dieu, mon martyr,
Les jours heureux sauront bien revenir.
 
Regarde ! vois ! comprends !
Ce sont mes bras, ces bras où reposent tes membres languissants ;

C’est mon cœur, le cœur où s’appuie
Ta tête endolorie ;

Moi, c’est moi,
Celle de tes désirs, de tes songes, de tes émois
Et de tes souffrances et de toute ta joie,