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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/85

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Quand effroyablement escrier je les oy,
Et quand le blanc des yeux renverser je leur voy,
Tout le poil me herisse, et ne sçay plus que dire.

Mais quand je voy un moyne avecque son Latin
Leur taster hault et bas le ventre et le tetin,
Ceste frayeur se passe, et suis contraint de rire.

XCVIII

D’où vient que nous voyons à Rome si souvent
Ces garses forcener, et la pluspart d’icelles
N’estre vieilles, Ronsard, mais d’âge de pucelles,
Et se trouver tousjours en un mesme couvent ?

Qui parle par leur voix ? Quel dœmon leur defend
De respondre à ceux-là qui ne sont cognus d’elles ?
Et d’où vient que soudain on ne les voit plus telles,
Ayans une chandelle esteincte de leur vent ?

D’où vient que les saincts lieux telles fureurs augmentent ?
D’où vient que tant d’esprits une seule tourmentent ?
Et que sortans les uns, le reste ne sort pas ?

Dy, je te pri, Ronsard, toy qui sçais leurs natures :
Ceulx qui faschent ainsi ces pauvres creatures,
Sont-ilz des plus hautains, des moyens, ou plus bas ?

XCIX

Quand je vays par la rue, où tant de peuple abonde,
De prestres, de prelats, et de moines aussi,
De banquiers, d’artisans, et n’y voyant, ainsi
Qu’on voit dedans Paris, la femme vagabonde :

Pyrrhe, après le degast de l’universelle onde,
Ses pierres, di-je alors, ne sema point ici :
Et semble proprement avoir ce peuple ci,
Que Dieu n’y ait formé que la moitié du monde.

Car la dame Romaine en gravité marchant,
Comme la conseillere, ou femme du marchand,
Ne s’y pourmene point, et n’y voit-on que celles,

Qui se sont de la Court l’honneste nom donné ;
Dont je crains quelquefois qu’en France retourné,
Autant que j’en verray ne me resemblent telles.