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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/27

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Souloit orner ceste ville ancienne
Dont la grandeur le ciel mesme estonna.

Tout ce qu’Athene eut oncques de sagesse,
Tout ce qu’Asie eut oncques de richesse,
Tout ce qu’Afrique eut oncques de nouveau,

S’est veu ici. Ô merveille profonde !
Rome vivant fut l’ornement du monde,
Et morte elle est du monde le tombeau.
  

XXX

Comme le champ semé en verdure foisonne,
De verdure se hausse en tuyau verdissant,
Du tuyau se herisse en espic florissant,
D’espic jaunit en grain, que le chaud assaisonne.

Et comme en la saison le rustique moissonne
Les ondoyans cheveux du sillon blondissant
Les met d’ordre en javelle, et du blé jaunissant,
Sur le champ despouillé mille gerbes façonne :

Ainsi de peu à peu creust l’Empire Romain,
Tant qu’il fut despouillé par la Barbare main,
Qui ne laissa de luy que ces marques antiques,

Que chacun va pillant, comme on voit le glenneur
Cheminant pas à pas recueillir les reliques
De ce qui va tombant apres le moissonneur.
  

XXXI

De ce qu’on ne voit plus qu’une vague campaigne,
Où tout l’orgueil du monde on a veu quelquefois
Tu n’en es pas coupable, ô quiconque tu sois
Que le Tybre et le Nil, Gange et Euphrate baigne.

Coupables n’en sont pas l’Afrique ni l’Espaigne,
Ni ce peuple qui tient les rivages Anglois,
Ni ce brave soldat qui boit le Rhin Gaulois,
Ni cet autre guerrier, nourrisson d’Alemaigne.

Tu en es seule cause, ô civile fureur,
Qui semant par les champs l’Emathienne horreur
Armas le propre gendre encontre son beau pere :

Afin qu’étant venuë à son degré plus haut,
La Romaine grandeur trop longuement prospere
Se vist ruer à bas d’un plus horrible sault.