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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/130

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Au Lecteur.


L’avarice, et impudence de certains Imprimeurs, qui ne font conscience de se jouer de la réputation d’autruy, pour faire indifferemment leur profit de tout ce qui tombe entre leurs mains, a esté cause (amy lecteur) que contre ma volonté j’ay cy devant publié la plus grand’ part de ce que tu lis de moy, comme je fais encores de ce que je t’offre maintenant. Car combien que ce qui en est le meilleur (s’il y a rien de bon) ne merite l’impression, si est-ce que j’ayme beaucoup mieulx, que tu le lises imprimé correctement, que dépravé par une infinité d’exemplaires, ou, qui pis est, corrompu miserablement par un tas d’imprimeurs non moins ignorans, que temeraires et impudens. Ce qui m’a contrainct de recueillir par cy par là, comme les fuilletz de la Sibylle, toutes ces petites pièces assez mal cousues, mais qui, peut estre, ne te donneront moins de plaisir que beaucoup d’autres plus graves, plus polies, et mieux agencées. Reçoy donques ce present, tel qu’il est, de la mesme volonté, que je te le presente : employant les mesmes heures à la lecture d’iceluy, que celles que j’ay employées à la composition : c’est le temps qu’on donne ordinairement au jeu, aux spectacles, aux banquetz, et autres telles voluptez de plus grands frais, et bien souvent de moindre plaisir, pour le moins de recreation moins honneste, et moins digne d’un esprit libéralement institué. Quoy que ce soit, ceux qui sont ou si severes, que rien ne leur plaist s’il n’est plein de doctrine, et antique erudition, ou si delicats, que leurs oreilles rejectent toutes choses, si elles ne sont elabourees en perfection, le titre du livre les admoneste de ne passer plus avant, et se reserver à d’autres œuvres que je leur garde, plus dignes d’eux, j’entens s’ilz me veulent departir tant de faveur, et à eux mesmes tant de loysir, que de les lire.

A Dieu.