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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/127

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Si j’ay, sans la nommer, touché quelque cité,
Dont la façon de vivre, et police m’offence,
Et tu voulois, Chrestien, en prendre la defence,
Me devois-tu pourtant noter d’impiété ?

Il semble à escouter vos superbes louanges,
Que vous soyez parfaits, que vous soyez plus qu’anges :
Le Pharisee ainsi se vantoit devant Dieu.

Que sçais-tu quel j’estois devant qu’aller à Rome ?
Quel je suis retourné ? quel j’ay vescu et comme ?
Ami, le vray Chrestien est chrestien en tout lieu.


Autre

Si Dieu est de vous seuls, comme il veut, adoré,
Si seuls enfans de Dieu, si seuls Chrestiens vous estes,
Si tous les autres sont sots, ignorans et bestes,
Si de tous, fors de vous, le vray est ignoré,

Je m’en rapporte à Dieu, qui veut estre honoré
Comme il a ordonné, non pas selon nos testes,
Qui le sert bien ou mal, je n’en fais point d’enquestes,
Un chacun de soy-mesme est tesmoin asseuré.

Mais quand à vos façons, je ne craindray de dire
Qu’il y a plus sur vous, que sur nous à redire,
Et que je ne vis onq’ moins plaisante cité.

Ce qu’à vous je n’impute, ains à vostre police,
Ou plutost à ceux-là, dont la courte malice
Abuse, comme on voit, vostre simplicité.


Autre

Si je me suis moqué, ce que je ne voudrois,
De ceux que par tes vers toy-mesme tu deprimes
J’ay fait beaucoup pour vous, et plus que tu n’estimes
De vous loger parmi les princes et les Rois.

Mais si à mes escrits respondre tu voulois,
Et respondre à propos sans parler de mes limes,
Il ne te falloit tant arrester sur mes rimes,
Il te falloit defendre et vos mœurs et vos loix.

Il te falloit descrire une forme de ville.
N’usant comme j’ay dit, de liberté servile,
Sans mesdire de Rome ainsi hors de saison.

Mais imitant des tiens la façon ordinaire,
Voyant que tu n’avois de quoy me satisfaire.
Tu m’as payé d’injure, et non pas de raison.