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déchirés, sortirent du carré avec le colonel Cardignac, et se plaçant à l’angle devant leurs hommes, ils attendirent.

Arrivé à six pas, l’officier anglais, raide et compassé, salua avec un visible sentiment de respect.

— Messieurs, dit-il en bon français, votre résistance est admirable, mais inutile… À quoi bon vous faire tuer jusqu’au dernier ?… Rendez-vous !

Un frémissement passa dans les rangs des grenadiers ; les hauts bonnets à poil eurent comme un remous qui les secoua, les yeux flambèrent, les mâchoires se crispèrent sous les favoris gris et un murmure monta.

Pâles, farouches, les officiers français serraient les poings sans répondre. Le visage noir de poudre de Cambronne était agité de frissons et ses lèvres rasées tremblaient de colère.

Étonné, presque inquiet, le général anglais eut un geste d’hésitation.

Il reprit pourtant avec un tremblement d’émotion dans la voix :

— Braves Français !… Je répète pour la seconde fois… Rendez-vous !

Alors le général Michel s’avança d’un pas.

D’un geste superbe, plein de dignité et de grandeur, il indiqua les grenadiers immobiles et l’aigle d’or bosselé par les balles, qui planait en haut de la hampe du drapeau déchiqueté ! Puis la gorge serrée :

— Monsieur ! dit-il, la Garde meurt et ne se rend pas !

— Bravo ! s’écria Grimbalet.

— Vive l’Empereur ! rugirent les vieux grognards.

Jean, les bras croisés, la tête penchée, considérait avec un sourire amer et dédaigneux le général Maitland dont le visage, changeant brusquement d’expression, exprimait maintenant une colère contenue.

Cependant, l’Anglais reprit :

— Pour la troisième fois… braves Français, rendez-vous !

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Une injure lui répondit !

C’était Cambronne qui l’avait jetée à l’ennemi dans un élan de fureur débordante ! Et une fois l’injure lancée, Cambronne avait, d’un geste brusque, écarté deux grenadiers, puis il était rentré dans le carré. Le général Michel et Cardignac l’avaient suivi.