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par les mutilés de l’Hôtel des Invalides à leurs camarades, à ces deux soldats qui, dignes des temps antiques et insouciants du repos bien gagné, avaient, à l’heure suprême, donné à leur Patrie les dernières gouttes de leur sang.


Ce fut le 27 mai 1814 que Jean Cardignac, ayant pris toutes les dispositions nécessaires pour que les siens pussent le rejoindre à bref délai, débarqua à l’Île d’Elbe, d’un des bâtiments qui amenaient à Napoléon sa garde et ses chevaux.

L’accueil plein d’affectueuse bonté de l’Empereur lui fit oublier la tristesse de cette séparation qu’il ne prévoyait guère devoir être aussi longue ; et aussitôt il s’occupa, de concert avec le général Drouot, de l’organisation de la garde : elle fut composée de six compagnies de marins et d’un escadron de lanciers polonais auquel on donna la qualification d’Escadron Napoléon.

L’ancien logis du gouverneur de l’Île, qu’on appela le « Palais impérial » n’aurait été partout ailleurs qu’une maison de plaisance fort ordinaire : mais elle était située dans une position avantageuse, au milieu de jardins plantés en amphithéâtre, et du point le plus élevé de ces jardins, l’œil s’égarait au loin sur la mer et sur toutes les parties de l’Île.

L’Empereur aimait à y rêver, le regard tourné vers la France, et pendant les premiers jours de son exil, il suivait longuement les voiles qui apparaissaient de ce côté de l’horizon.

Mais bientôt son activité et ses habitudes de travail reprirent le dessus : il s’occupa de son nouveau royaume et s’appliqua à y faire renaître le commerce et l’industrie très éprouvés par les longues guerres de son règne.

Le matin, levé de très bonne heure, il parcourait à cheval les différentes parties de l’île, suivi du grand maréchal, du général Drouot ou du colonel Cardignac, et donnait partout des ordres pour des ouvertures de mines, des défrichements ou des constructions de chaussées ; après son déjeuner il faisait manœuvrer les grenadiers comme s’ils eussent été dans la cour des Tuileries, assistait souvent à leurs repas et veillait sans cesse à leur bien-être.

Le soir, il invitait à sa table quelques officiers de sa garde ou les étrangers de distinction qui s’arrêtaient dans l’Île et les renvoyait sous le charme de son accueil et de son affabilité.