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Les Russes avaient perdu douze mille hommes. Ils emmenaient quinze mille blessés. Nous leur avions fait quatre mille prisonniers, pris vingt-quatre canons et seize drapeaux.

Quant à nous, nous avions trois mille morts et sept mille blessés !

C’est au lendemain de cette bataille, le 9 février 1807, que Jean rejoignit le quartier général de l’Empereur.

Immédiatement, il reprit son service ; car, malgré le froid très vif, la marche en avant continuait.

Pendant ce temps, le maréchal Lefebvre bloquait, dans la place de Dantzig, une partie de l’armée russe. Elle s’y défendit avec un héroïsme extrême, que le courage et la ténacité de nos troupes finirent par vaincre, car, le 26 mai suivant, la place capitulait.

Mais, après une suite de combats et de mouvements stratégiques qui durèrent plusieurs mois, Napoléon fut attaqué par le gros des Russes, le 14 juin 1807, devant Friedland.

— C’est aujourd’hui l’anniversaire de Marengo, dit l’Empereur avant d’engager l’action. C’est un jour heureux pour nous !

Immédiatement, il prit ses dispositions de bataille. Pour débuter, il ordonna au maréchal Ney d’enlever Friedland coûte que coûte.

— Obtenez ce résultat, dit-il, je me charge du reste. Je vais vous faire suivre d’un de mes officiers que vous m’enverrez pour m’en rendre compte, dès que le résultat sera obtenu.

Puis se tournant vers son État-Major :

— Capitaine Cardignac, continua Napoléon, vous êtes à la disposition de M. le maréchal Ney.

— Bien, sire !

Jean sauta en selle et mit son cheval au galop derrière le maréchal, qui rejoignit son corps à une vertigineuse allure.

Peu après, le canon tonnait ; Ney lançait ses tirailleurs, enlevait le village de Sortlack, et précipitait la droite des Russes dans le lit très encaissé de la rivière d’Alle.

— À la gauche maintenant ! dit-il.

Mais, arrivé près d’un endroit nommé le Ruisseau du Moulin, le feu de l’artillerie russe se mit à redoubler, et tout à coup nous fûmes pris de flanc et de face sous un déluge de fer ; nos colonnes tinrent bon pourtant !