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Puis soudain, comme son regard venait de rencontrer celui de Jean Cardignac :

— Tiens ! te voilà, mon brave de Boulogne et d’Égypte !

— Avance un peu !

Et quand notre ami fut à trois pas de lui :

— J’ai vu dans tes notes que tu sais l’allemand.

— Oui, Sire !

— C’est parfait !… Je vais te donner une mission. Jean ouvrait les oreilles, je vous prie de le croire !

— Tu vois cette hauteur ?

— Oui, Sire ! C’est le Landgrafenberg.

— Ah ! tu sais cela !

— Sire, je l’ai vu sur ma carte

— Eh bien, je tiens à savoir ce qui s’y passe, si la position est fortement gardée, et surtout si elle est garnie d’artillerie.

— Bien, Sire !

— Tu comprends ce que je désire : ce n’est pas un coup d’emballement, c’est une reconnaissance réfléchie, faite sans bruit, avec méthode. Je compte sur ton initiative… Pars, et sois ici dans une heure !

— Bien, Sire !

Pivotant sur les talons — par principes — Jean Tapin s’éloigna après avoir jeté à Cancalot son bonnet à poil qui eut pu le gêner dans son expédition.

Une minute plus tard, on le voyait disparaître dans un bouquet d’arbustes.

Jean fit environ deux kilomètres à travers les prés sans rencontrer personne.

— Ça me rappelle la mission dont j’ai été chargé par le général Chazot pour Dumouriez. Dieu que c’est loin déjà ! pensait-il tout en observant et en prenant soin de se défiler derrière les haies ou dans les plis de terrain.

Il franchit un ruisseau, sur une poutrelle jetée en travers et aperçut le toit d’une ferme.

— Attention ! murmura-t-il.

Cette ferme, en effet, pouvait être occupée par l’ennemi.