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conduite des grandes armées, la supériorité de l’attaque sur la défense, l’art de diriger l’effort d’une bataille sur le point décisif, tout cela, ce fut Napoléon qui l’enseigna aux Allemands, et, en 1870, nous appliquant avec succès les principes napoléoniens, ils nous vainquirent avec nos propres armes.

Quand donc vous entendrez vanter la tactique allemande et les officiers prussiens, répondez hardiment qu’il nous suffira de leur reprendre notre bien pour être de nouveau en état de les vaincre ; car nous pourrons toujours apporter dans la lutte un appoint qu’ils n’auront jamais : c’est la furie française, connue de tous les peuples, et le mépris du danger que notre race a dans le sang.

Les premiers coups portés par Napoléon causèrent donc en Prusse une véritable stupeur, surtout lorsqu’on apprit qu’il s’avançait en personne sur Iéna avec la Garde.

En effet, le 13 octobre au matin, le 1er grenadiers s’arrêtait sur un coteau qui domine la vallée de la Saale.

À travers le brouillard qui montait des bois et des prés, on distinguait vaguement au loin la ville d’Iéna, dominée par des hauteurs presque à pic qu’on nomme : le Landgrafenberg.

À gauche et en arrière des grenadiers, on voyait s’estomper, dans la buée matinale, les troupes du maréchal Lannes.

À quelques mètres en avant de la Garde, l’Empereur causait avec le maréchal.

Napoléon avait mis pied à terre ; son cheval blanc, sellé de rouge et d’or, hennissait et piaffait, tenu en main par un chasseur de l’escorte ; plus loin, se dessinait, haute et droite sur un cheval noir, la silhouette bien connue de Roustan, le fidèle mameluck qui suivait partout l’Empereur, aussi bien aux Tuileries, dans ses appartements privés, qu’en campagne.

Napoléon parlait avec animation, s’interrompant pour consulter sa carte qu’un officier tenait déployée sur son bras.

Parfois il appuyait sa lorgnette à l’épaule d’un chasseur de la garde, et sondait le brouillard dans la direction d’Iéna.

Comme il se rapprochait, Jean Tapin qui se trouvait à droite de la 1re compagnie, l’entendit prononcer ces mots avec impatience :

— Je voudrais bien savoir si le Landgrafenberg est occupé solidement.

— Sire, je vais le faire reconnaître, répondit Lannes.