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Mais, pour le moment, il était absorbé par la préparation du plan le plus gigantesque, le plus génial peut-être qui soit jamais sorti de ce puissant cerveau.

L’Angleterre, l’ennemi d’alors comme d’aujourd’hui, l’Angleterre se croyait invulnérable, parce que, enfermée, calfeutrée dans son île, elle espérait pouvoir narguer les puissances continentales. Il était en effet très difficile de débarquer sur son soi une armée suffisante pour la conquérir, et cela d’autant plus que, puissance maritime de premier ordre, elle possédait et possède encore une flotte des plus puissantes, à défaut d’une nombreuse armée de terre.

Eh bien, le Premier Consul résolut de tenter d’abattre l’Angleterre, en la frappant dans son île même, et déjà son projet était en cours d’exécution depuis plusieurs semaines.

Il avait fait construire partout des bateaux spéciaux pour transporter son armée sur le sol anglais, et tous les jours il en arrivait à Boulogne. Il voulait réunir ainsi 1,500 à 2,000 embarcations qui, sous la protection de notre flotte de guerre, pussent jeter en Angleterre 150,000 fantassins, 400 canons et 10,000 cavaliers.

Les soldats ne lui manquaient pas, car, grâce à la conscription qui venait d’être instituée, il avait levé en France 300,000 conscrits, qu’il faisait diriger par étapes vers le camp de Boulogne. Leur instruction, commencée en route, était complétée à leur arrivée au camp.

Et ces soldats de nouvelle levée, Bonaparte avait pour les encadrer ses vétérans des dernières guerres, commandés par des officiers hors de pair.

Pour amener ce plan à son organisation parfaite, il fallait, vous le comprendrez, beaucoup de temps, car en dehors de l’armée et de la flottille de débarquement qu’il devait d’abord instruire à fond, il était indispensable, pour mener à bien le transport en Angleterre, que cette flottille fut protégée par une flotte de guerre considérable.

Bonaparte avait donc donné des ordres pour que nos meilleurs navires, disséminés un peu partout sur le globe, se réunissent à Boulogne. Cela demandait de longs mois, car on ne naviguait alors qu’à la voile.

C’est ce qui vous expliquera pourquoi le Premier Consul ne se pressait pas d’amener toute sa Garde au camp, où il venait pourtant fréquemment lui-même.