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ils ont collé deux pièces de canon… C’est de là qu’ils tiraient… J’ai bien vu !.. »

— C’est ça même. Alors, tu as dû voir aussi que les pontons sont amarrés par des cordes ?

— C’est sûr ; ils sont attachés à des pieux plantés dans la rivière.

Belle-Rose cligna de l’œil ; et baissant la voix :

— Si qu’on leur ficherait leur ponton au diable ? dit-il.

— Comment ça ?

— Dame !… En coupant les cordes.

— Oui… mais pour approcher ?

— À la nage, donc !

L’œil de La Ramée s’alluma.

— Tiens ! tiens !… t’as une idée, Belle-Rose !

— Tu sais nager ? reprit le géant.

— Subséquemment ! affirma le vieux soldat.

— Eh bien… cette nuit, à nous deux… ça te va-t-il ?

— Dont auquel j’obtempère.

— Entendu !

Un peu effrayée du projet, Catherine n’intervint pourtant pas : l’héroïsme de l’époque l’imprégnait, elle aussi. Ses yeux, arrêtés sur son père, disaient à la fois sa crainte et son orgueil.

Mais Jean intervint.

— Oh ! s’écria-t-il, si je pouvais aller avec vous ?

— Trop petit ! riposta La Ramée. D’ailleurs… sais peut-être pas nager ?

— C’est vrai, soupira l’enfant.

— Écoute ! dit Belle-Rose ; tu viendras quand même avec nous ; mais tu nous attendras sur le bord, pour nous aider au besoin.

— C’est ça ! dit Jean tout heureux. Je prendrai ma carabine.

Il avait, en effet, récolté un petit mousqueton de hussard et des cartouches qu’il avait placés dans la voiture de la cantinière.

C’est ainsi qu’à la nuit noire, La Ramée, Belle-Rose et Jean Tapin se glissaient hors du cantonnement.

Les deux hommes n’avaient que leur culotte ; le haut du torse était nu. Chacun d’eux portait, pendue au cou par une longue lanière, une hachette très effilée. De plus, Belle-Rose avait un rouleau de filin en sautoir.