Page:Doyle - Les recrues de Monmouth, trad. Savine, 1911.djvu/256

Cette page n’a pas encore été corrigée


noblesse, jouant de l'éperon comme s'il s'agissait de sauver sa vie, sur tous les grands chemins, j'ai vendu plus de mes vins vieux, de mes vins précieux en trois jours que je n'en vendais jamais en un mois de trente jours. Je vous en réponds, ce n'est pas de l'ale, ni de l'eau-de-vie, que boivent ces gentilshommes. Il en faut du Prignac, du Languedoc, du Tent, du Muscat, du Chianti, du Tokay: pas une bouteille qui coûte moins d'une demi-guinée.

-Ah! Vraiment, fit Saxon, d'un air pensif, une maison confortable et un revenu régulier!

-Ah! si mon pauvre Pierre avait vécu pour en jouir avec moi, dit Dame Robson en posant son verre, et frottant ses yeux avec le coin de son mouchoir. C'était un bon homme, le pauvre défunt, et pourtant, on peut bien le dire, entre amis, car c'est la vérité, il était devenu aussi gros, aussi large qu'une des futailles. C'est vrai, mais le coeur, c'est l'essentiel. Mais en fait, après tout, si une femme devait toujours attendre que l'objet de son caprice vienne à passer, il y aurait plus de demoiselles que de mamans dans le pays.

-Je vous le demande, bonne dame, comment est-il l'objet de votre caprice ? demanda malicieusement Ruben.

-Ce n'est pas un jeune homme gros et gras, riposta-t-elle avec vivacité, en jetant un regard narquois sur notre camarade grassouillet.