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route.

On sentait dans l'air une lourde et fade odeur de fraises.

-Avez-vous jamais tué un homme dans un moment de colère ? demanda Saxon, pendant que nous galopions.

-Jamais, répondis-je.

-Là! vous reconnaîtrez alors que quand vous entendez le cliquetis de l'acier contre l'acier, et que vous regardez dans les yeux de votre adversaire, vous oubliez à l'instant toutes les règles, toutes les maximes, tous les préceptes de l'escrime que vous ont enseignés votre père ou d'autres.

-J'ai appris fort peu de ces choses-là, dis-je. Mon père ne m'a appris qu'à porter un bon et franc coup droit. Ce sabre ci peut trancher une barre de fer d'un pouce d'épaisseur.

-La sabre de Scanderbeg a besoin du bras de Scanderbeg, remarqua-t-il. J'ai constaté que c'était une lame du meilleur acier. C'est là un de ces véritables arguments de jadis pour faire entrer un texte, ou expliquer un psaume, tel qu'en dégainaient les fidèles du temps jadis, alors qu'ils prouvaient l'orthodoxie de leur religion par des coups et des bourrades apostoliques. Ainsi donc vous n'avez pas fait beaucoup d'escrime ?

-J'en ai très peu fait, presque pas, dis-je.