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Page:Doyle - Du mystérieux au tragique.djvu/94

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un envoi de 500 dollars suffit à exclure toute idée de mystification. Elle ne donnait aucune adresse et était conçue en ces termes :


« Chère épouse,

« J’ai beaucoup réfléchi et trouve très dur de vous abandonner, vous et Lizzie. Je tâche de lutter, mais toujours votre idée me tracasse. Je vous envoie un peu d’argent, dont vous ferez vingt livres anglaises. Vous avez avec ça de quoi traverser toutes deux l’Atlantique. Les bateaux de Hambourg, qui font escale à Southampton, sont de très bons bateaux, et moins chers que ceux de Liverpool. Si vous pouviez venir ici et descendre à la maison Johnston, j’essayerais de vous faire tenir un mot qui vous fixe un lieu de rencontre. Pour l’instant, je suis dans les difficultés, et pas très heureux, car d’avoir à vous sacrifier toutes deux, ça me semble rude. Mais assez pour l’instant. Votre Mari qui vous aime.

« James Mc Pherson. » xxxxx


On voulut espérer un moment que cette lettre jetterait enfin un peu de clarté sur l’affaire ; d’autant qu’on établit qu’un voyageur, dont le signalement correspondait à celui du conducteur Mc Pherson, avait pris, le 7 juin, à Southampton, sous le nom de Summers, le paquebot Vistule, qui fait le service entre Hambourg et New-York. Mrs. Mc Pherson et sa sœur Lizzie, se conformant aux prescriptions de la lettre, partirent pour New-York, et firent, dans la maison Johnston, un séjour de trois semaines, mais n’y reçurent de lui aucunes nouvelles. Sans doute avait-il compris, à certaines indiscrétions de presse, que la police se servait d’elles pour l’amorcer. Toujours est-il que, ne le voyant pas venir, les deux femmes durent s’en retourner à Liverpool.

Les choses restèrent donc sans faire un pas jusqu’en cette année 1908 où nous sommes. Si incroyable que le fait paraisse, rien n’était venu, durant ces dix-huit ans, dissiper un tant soit peu l’ombre qui planait sur l’extraordinaire disparition du train portant Caratal et son compagnon. D’une minutieuse enquête sur les deux voyageurs, il ressortait que Caratal était un agent politique et un financier bien connu du Centre Amérique ; qu’il avait manifesté, durant son voyage en Europe, une extrême impatience d’atteindre Paris ; que son compagnon, inscrit au nombre des passagers sous le nom d’Eduardo Gomez, était un homme violent, à réputation de querelleur et de bravache, mais honnêtement dévoué aux intérêts de Caratal, dont il protégeait la faiblesse physique. Il sied d’ajouter qu’on n’avait eu de Paris aucuns renseignements sur les raisons qui avaient pu pousser Caratal à précipiter son voyage. L’affaire en était là quand parut dans les journaux de Marseille la confession d’Herbert de Larnac, condamné à mort pour le meurtre d’un négociant nommé Bonvallot. Nous la reproduisons telle quelle :

« En livrant au public ce document, je ne cède pas à un sentiment de vanité ni de forfanterie. Aussi bien me targuerais-je à bon droit d’une douzaine d’exploits non moins magnifiques. Mais il faut qu’à Paris quelques beaux Messieurs le sachent : si je suis en état de révéler ce qui advint de M. Caratal, je suis capable également de dénoncer les instigateurs et les mobiles du crime, à moins que la mesure gracieuse que j’attends n’intervienne très vite. Tenez-vous pour prévenus, Messieurs, alors qu’il