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Page:Doyle - Du mystérieux au tragique.djvu/83

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Puis, n’ayant retiré que son habit, il releva sur lui la couverture du lit et s’apprêta à prendre un peu de repos.

Ce fut pour moi une veillée mélancolique, et dont la mélancolie s’augmentait de ce que je la sentais folle. À supposer que Lord Linchmere eut, d’aventure, quelque raison de se croire en danger dans la maison de sir Thomas Rossiter, pourquoi diable négligeait-il de se protéger en verrouillant sa porte ? Son désir de se voir attaqué était simplement absurde. Quel motif pouvait-il avoir de désirer une attaque ? Et de qui désirait-il qu’elle lui vînt ? Apparemment, Lord Linchmere obéissait à une lubie singulière, dont le résultat était qu’un prétexte imbécile me privait d’une nuit de sommeil. Cependant, si déraisonnables fussent-elles, j’avais pris mon parti d’exécuter ses instructions à la lettre aussi longtemps qu’il me garderait à son service. Et je demeurai donc près de la cheminée vide, l’oreille tendue aux carillons d’une pendule qui, loin, quelque part, dans le corridor, marquait d’un gargouillis tous les quarts d’heure. Ce fut une interminable veillée. Sauf la pendule, rien ne troublait le silence de la vaste maison. Une petite lampe, de la table où elle était posée à côté de moi, projetait un rond de lumière sur mon fauteuil et laissait dans l’ombre les coins de la pièce. Sur le lit, Lord Linchmere respirait péniblement. Je lui enviais son calme sommeil, et mes paupières s’abaissaient de temps à autre ; mais toujours le sentiment du devoir me soutenait, et je me redressais, je